Que devient un lead SeLoger déposé un dimanche soir ?
Par Christopher Manglou, fondateur de ROUGAIL. Publié le . 8 min de lecture.
Il arrive dans la minute par email. Il s'affiche aussi en notification sur un téléphone quand l'agence utilise l'application My SeLoger Pro. Puis il attend : personne n'est tenu de répondre un dimanche à 21 h, et pour un salarié le Code du travail fixe le repos hebdomadaire au dimanche. Si l'agence ouvre le lundi à 9 h, le premier contact humain a lieu au moins douze heures plus tard, pendant que l'aide en ligne de SeLoger conseille à l'acquéreur sans réponse de contacter d'autres annonceurs.
Un dimanche à 21 h, un acquéreur remplit le formulaire de contact d’un trois-pièces que votre agence diffuse sur SeLoger, demande si le bien est toujours disponible et se dit prêt à le visiter. Sa demande arrive chez vous dans la minute. La suite dépend moins de vos négociateurs que de vos horaires d’ouverture.
Cet article suit ce lead heure par heure, du dimanche soir au premier contact humain. Il donne aussi un calcul à faire avec vos propres horaires, le délai plancher, qui dit pour quelle part de vos demandes la question se pose vraiment.
Votre négociateur est notifié à 21 h : pourquoi ne répond-il pas ?
Parce que rien ne l’y oblige, et que pour un salarié, la loi place son repos précisément ce jour-là. L’information, elle, ne prend aucun retard.
SeLoger transmet la demande par email à l’adresse que l’agence a déclarée. Si l’agence utilise l’application My SeLoger Pro, la demande s’affiche aussi sur un téléphone : selon le Journal de l’Agence, qui présentait l’application en novembre 2025, chaque nouveau contact déclenche une notification instantanée. À 21 h 01, quelqu’un dans l’agence peut donc savoir qu’un acquéreur attend.
Savoir n’est pas répondre. Pour un négociateur salarié, l’article L3132-3 du Code du travail est explicite : « Dans l’intérêt des salariés, le repos hebdomadaire est donné le dimanche. » Le Code prévoit des dérogations, mais la règle est celle-là. Un agent commercial, lui, est un indépendant : répondre un dimanche soir relève de sa seule décision.
Dans les deux cas, une réponse le dimanche soir repose sur la bonne volonté d’une personne. Elle existe une semaine, pas la suivante, et aucun planning ne peut compter dessus.
SeLoger le constate d’ailleurs côté annonces. Dans une étude publiée en novembre 2025 sur 50 000 annonces de location publiées en un an, le portail relève que le dimanche, « quand les agences immo sont fermées », ne concentre que 3 % des nouvelles annonces de la semaine, contre 12,1 % le lundi. Ce chiffre porte sur l’offre locative, pas sur les demandes d’acquéreurs. Il dit que l’activité des agences est au plus bas ce jour-là. Il ne dit pas combien de prospects écrivent pendant ce temps, et aucune donnée publique, à ma connaissance, ne le mesure.
Que fait l’acquéreur entre dimanche 21 h et lundi matin ?
Il a trois options, et c’est le portail lui-même qui les lui donne. La page d’aide de SeLoger consacrée à la question « L’agence ne répond pas à mes appels, que faire ? » donne trois conseils à l’acquéreur resté sans réponse :
- renouveler sa demande un peu plus tard ;
- envoyer un message par le formulaire de contact, avec ses questions et ses disponibilités pour une visite ;
- contacter d’autres annonceurs de biens similaires dans le secteur recherché.
La page vise les appels restés sans réponse, pas les messages. Mais l’acquéreur du dimanche soir a déjà suivi le deuxième conseil : il a écrit, en donnant ses disponibilités. Il ne lui reste que le premier, relancer, et le troisième, aller voir ailleurs.
Le portail n’y met aucune malveillance. Il sert ses utilisateurs, et pour un acquéreur sans réponse, contacter une autre agence est un conseil raisonnable. L’acquéreur n’a d’ailleurs pas besoin de lire cette page pour le suivre : le portail est encore ouvert devant lui.
En mandat simple, l’annonce similaire est parfois le même bien, confié à une autre agence. Un autre article détaille ce que fait votre prospect pendant qu’il attend votre réponse, et pourquoi laisser tomber votre agence ne lui coûte alors rien.
Combien d’acquéreurs suivent ce troisième conseil un dimanche soir ? Personne ne le sait, et je ne vous donnerai pas de chiffre. Ce qui est établi, c’est que le portail l’écrit, et que rien ne vient le contredire avant l’ouverture de votre agence.
Que devient le lead le lundi matin ?
Il devient une ligne dans la pile du week-end, et il est rappelé à un moment qui n’est plus celui où l’acquéreur était disponible.
À l’ouverture, la boîte de l’agence contient tout ce qui est arrivé depuis la fermeture du samedi. La plupart des messageries affichent par défaut les emails les plus récents en tête : le lead du dimanche 21 h se retrouve sous ceux du lundi matin. Il sera traité, mais dans un ordre que personne n’a choisi.
Surtout, le moment a changé. L’acquéreur a écrit un dimanche soir, chez lui, téléphone en main, avec l’annonce ouverte. Le rappel arrive au mieux le lundi à l’ouverture, à une heure où il peut être au travail. Le négociateur peut tomber sur une messagerie, laisser un message, et commencer à son tour à relancer. La conversation qui aurait pu avoir lieu la veille au soir n’a plus de créneau.
Le logiciel métier, lui, n’a peut-être rien reçu. Rien n’y fait entrer la demande automatiquement : quand un éditeur annonce une remontée des leads depuis les portails, elle suppose que le portail fasse partie de ses accords, que le module soit souscrit et que l’agence l’ait paramétrée. Chacune de ces conditions se vérifie auprès de votre éditeur, portail par portail. Même quand la demande est rangée dans votre fichier, rattachée au bon bien, ranger n’est pas répondre : le détail de ce que votre logiciel métier fait d’une demande entrante, et ce qu’il ne fait pas fait l’objet d’un autre article.
Quel est le délai plancher de votre agence, et comment le calculer ?
Le délai plancher est le temps qui sépare une demande du premier moment où quelqu’un est censé la lire, en supposant une équipe parfaite. À horaires constants, aucune organisation ne descend en dessous, puisqu’il ne dépend que d’eux. Il se calcule sur une feuille, sans outil ni prestataire.
Le tableau ci-dessous l’applique à deux agences fictives, avec des horaires donnés à titre d’exemple. L’agence A ouvre du lundi au samedi, de 9 h à 12 h et de 14 h à 19 h. L’agence B a les mêmes horaires, mais ferme le lundi.
| Dépôt de la demande | Délai plancher, agence A | Délai plancher, agence B |
|---|---|---|
| Samedi 20 h | 1 jour et 13 h (lundi 9 h) | 2 jours et 13 h (mardi 9 h) |
| Dimanche 11 h | 22 h (lundi 9 h) | 1 jour et 22 h (mardi 9 h) |
| Dimanche 21 h | 12 h (lundi 9 h) | 1 jour et 12 h (mardi 9 h) |
| Lundi 7 h | 2 h (lundi 9 h) | 1 jour et 2 h (mardi 9 h) |
| Mardi 13 h | 1 h (mardi 14 h) | 1 h (mardi 14 h) |
| Mercredi 20 h | 13 h (jeudi 9 h) | 13 h (jeudi 9 h) |
Deux lignes méritent l’attention. Le dimanche soir n’est pas le pire moment : le samedi soir l’est, parce qu’il précède toute la fermeture, et une agence fermée le lundi fait alors attendre plus de deux jours et demi. Le mercredi à 20 h produit, lui, un plancher plus long que le dimanche à 21 h dans l’agence A. L’attente commence à chaque fermeture, le week-end ne fait que l’allonger.
Pour votre propre agence, quatre étapes suffisent :
- Notez vos horaires réels, pause de midi comprise, et l’heure à laquelle quelqu’un ouvre effectivement la boîte qui reçoit les demandes des portails.
- Reprenez les six moments du tableau et calculez votre plancher pour chacun, jusqu’à l’heure où la boîte est réellement ouverte, pas jusqu’à l’heure affichée sur la porte.
- Comptez vos demandes hors horaires. Dans la boîte qui reçoit les notifications, filtrez les emails de SeLoger, LeBonCoin, Bien’ici ou PAP des trois derniers mois, et comptez ceux arrivés agence fermée. Aucune étude publique ne donne ce chiffre, votre boîte le donne.
- Rapportez ce nombre au total des demandes reçues sur les mêmes trois mois. Vous obtenez la part de vos demandes pour lesquelles, même avec l’équipe la plus réactive possible, la première réponse ne peut pas arriver avant l’ouverture suivante.
Si cette part est faible, les demandes reçues agence fermée ne sont pas votre sujet, et rien sur ce point ne justifie une dépense. Si elle est significative, elle mesure ce que vos horaires laissent sans réponse, quelle que soit la réactivité de l’équipe.
Le plancher n’est qu’une borne basse. Le délai réel, en semaine, dépend aussi des visites, des rendez-vous et des appels en cours. Il se mesure autrement, avec cinq demandes déposées par des proches à des moments différents : la méthode est détaillée dans l’article sur le délai de première réponse. Pour situer vos chiffres, le repère que j’utilise, faute de mieux, est de cinq minutes. Il vient de la Lead Response Management Study, une étude américaine de 2007 qui ne porte pas sur l’immobilier : c’est un ordre de grandeur, pas une norme du secteur.
Que change un système de réponse automatique pour ce lead-là ?
Il répond pendant que l’acquéreur a encore l’annonce sous les yeux, et il prépare le lundi matin. Personne ne travaille le dimanche pour autant.
À 21 h 02, l’acquéreur reçoit un message qui répond à sa question à partir de la fiche du bien tenue par l’agence. Le message signe « Votre conseiller », puisque aucun négociateur n’est encore désigné, et porte en pied une mention claire : il a été rédigé par l’assistant IA de l’agence. Ce n’est pas une option. Depuis le 2 août 2026, l’article 50 de l’AI Act impose qu’une personne qui échange avec un système d’IA en soit informée.
Tant que l’acquéreur répond, ce même dimanche soir, le système pose les questions de qualification que l’agence a fixées, une par message, par défaut le projet, l’échéance et le financement. Puis il propose trois créneaux de visite réels, lus dans les agendas des négociateurs, par exemple lundi 18 h, mardi 17 h 30 ou jeudi 10 h. Ces créneaux se situent dans vos heures d’ouverture : le message part le dimanche soir, le rendez-vous, lui, tombe un jour où l’agence travaille. Si l’acquéreur en choisit un, la visite est écrite dans l’agenda du négociateur concerné, qui en est informé par email et par SMS.
Le lundi à 9 h, le lead n’est plus un email dans une pile. Il attend au pot commun, visible de toute l’agence, avec ce que l’acquéreur a dit de son projet, une note de qualification justifiée, l’échange complet, et parfois un rendez-vous déjà pris. Si l’acquéreur n’a pas répondu, le dossier passe à un négociateur avec tout l’historique, après un délai que l’agence fixe et qui se compte en heures d’ouverture. Si l’acquéreur a suivi le premier conseil de SeLoger et relancé, sa relance ne déclenche pas une seconde réponse : elle est comptée comme un signe d’intérêt.
Ce que le système ne fait pas reste inchangé. Il ne visite pas, ne négocie pas, ne promet rien que la fiche ne dise. Le rappel d’un négociateur reste plus efficace dès que l’acquéreur est chaud, et c’est lui qui reprend la main le lundi matin. L’échange lui-même est déroulé dans à quoi ressemble une IA qui répond à vos prospects, message par message.
Que faut-il retenir ?
Un lead SeLoger du dimanche soir arrive dans la minute et attend jusqu’à l’ouverture, parce que personne n’a à répondre ce soir-là. Pendant ce temps, le portail conseille à l’acquéreur d’aller voir d’autres annonceurs, et le rappel du lundi tombe à une heure où il n’est peut-être plus disponible.
La vraie question dépasse donc le dimanche. Commencez par la part de vos demandes qui arrivent agence fermée, soirs de semaine compris : elle se compte dans votre messagerie. Si elle est forte, vous avez le choix entre faire travailler quelqu’un hors de vos horaires et confier la première réponse à un système qui, lui, n’a pas de jour de repos. Si elle est faible, le sujet n’est pas clos pour autant : un négociateur en visite un mardi à 15 h ne répond pas davantage qu’un dimanche soir, et c’est votre délai réel en semaine qu’il faut alors mesurer, avec la méthode des cinq demandes décrite plus haut.